"Comme deux araignées dans un coin obscur du monde"

Catégorie : Critique


Brillante voix de l'Irlande, Sebastian Barry fait revivre l'univers solitaire et pauvre d'une petite ferme, dans les années 1950. Annie Dunne et sa cousine Sarah vivent ensemble. Elles sont âgées et ont la charge de garder les deux enfants du neveu d'Annie, le temps que celui-ci l s'installe avec sa femme à Londres, où tous deux sont partis chercher du travail. Le quotidien d'Annie et Sarah est assez banal, terne. Mais il y a Billy Kerr, qui vient leur rendre visite, se montre insolent vis-à-vis d'Annie mais très doux et obligeant envers Sarah. L'univers de ces personnages est trouble, dominé par des sentiments de culpabilité, de peur...Les mots ne sortent pas facilement des bouches, les personnages sont vulnérables et touchants. C'est d'une grande beauté. Plus on avance, plus on a l'impression qu'un raz-de-marée pourrait tout effacer, que l'existence de ce petit monde ne tient qu'à un fil. "Nous survivrons dans le grincement d'une grille rouillée, dans le sifflement d'un oiseau, dans les fleurs de mon pommier sauvage qui s'ouvrent et se fanent perpétuellement (...)." p. 237.

"Annie Dunne", de Sebastian Barry, traduit de l'anglais 'Irlande) par Florence Lévy-Paoloni, Ed. Joëlle Losfeld, 22,50€.