Comme deux petits cailloux qui roulent

Catégorie : Critique

Une des belles surprises de ce début d'année nous parvient du Japon. Kaori Ekuni nous offre un récit simple et délicat sur une femme qui vit dans le souvenir de son amour. Yôko est tombée amoureuse d'un homme, a eu un enfant de lui, est restée seule. Son amant est parti avant de savoir qu'il allait être père. Il est parti sur une promesse. "Il m'a promis de me retrouver. Qu'il me cherchera et me trouvera où que je sois, quoi que je fasse", se souvient Yôko, qui vit avec cette idée en tête. Depuis Yôko change tout le temps de ville. Seule cette façon étrange de vivre lui permet de patienter et d'espérer. Seulement, il y a Sôko qui grandit et aimerait poser ses valises et se faire des amies. " C'est important d'être habituée à quelque chose, je trouve", déclare la fillette, qui est très mûre et réfléchie pour son âge. La voix de Yôko alterne avec celle de sa fille. Kaori Ekuni réussit à nous surprendre avec ces changements de voix, subtilement articulés. Chaque personnage évoque son quotidien, décrit son emploi du temps, rend compte d'une une vie monotone, volontairement rendue plate par Yôko, qui est dans une situation d'attente. A force de vouloir être libre, elle se met dans une vie de contraintes. Difficile de trouver le bon équilibre, à la fois pour elle et sa fille. Toutes deux roulent comme deux cailloux. C'est comme dans un jeu de hasard. Yôko mise tout sur la chance. Un jour, Sôko en a marre, veut devenir interne...Un grain vient enrayer la machine. 

 

"Dans la barque de Dieu", de Kaori Ekuni, Philippe Picquier, 18,50 €.