Comme une longue confession

Catégorie : Critique

Que de souvenirs à défiler dans la tête du narrateur, un vieillard que la dame à la faux guette. Adrià se rappelle son enfance et prévient le lecteur : "Ne me fais pas trop confiance. Dans ce genre tellement propice au mensonge que sont les Mémoires écrits pour un seul lecteur, je sais que je tendrai toujours à retomber sur mes quatre pattes, comme les chats ; mais je ferai un effort pour ne pas trop inventer." Comme dans la tête du narrateur, les événements apparaissent dans un grand désordre, au rythme dense d'une confession fleuve qui entraîne le lecteur à différentes époques, tout en réussissant à maintenir le cap. Enfant, Adrià se protège du monde extérieur en se créant un espace imaginaire rassurant, comme une bulle hermétique à la dureté d'un père tyrannique et à la sécheresse d'une mère effacée. Dans ce monde parallèle, il y a des cachettes secrètes et aussi deux petites figurines : l'une d'un shérif, nommé Carson ; l'autre d'un chef indien, Aigle-Noir. Il y a ici comme un trop plein de souvenirs pesants et une mémoire qui flanche. L'écrivain nous offre une belle réflexion sur l'humanité, l'art et le hasard. Ce roman, d'une densité extrême, dessinne les contours d'une histoire familiale complexe. "Naître dans cette famille avait été une erreur impardonnable."

"Confiteor" de Jaume Cabré (traduit du catalan par Edmond Raillard), Actes Sud, 770 pages, 26 €.