Des fantômes venus des Balkans

Catégorie : Critique

En brillante conteuse, maîtrisant une narration recherchée, Grozdana Olujic restitue la vie d'une famille originaire des Balkans, celle des Aracki. La complexité du récit, la façon de nous livrer des morceaux de vie comme s'il s'agissait des éléments d'un puzzle, et l'étrangeté de cet univers, situé entre rêve et réalité, rendent ce roman captivant. Le Dr Danilo Aracki, est poursuivi par une masse d'ombres qui ne le quittent guère. Il s'agit de ses ancêtres, des fantômes qui n'ont pas de tombes. Au dix-septième étage d'un hôtel new-yorkais, Danilo qui a fui son pays entend leurs voix chuchoter et accompagner ses cauchemars. Le souvenir est ici important, pas question de laisser tomber dans l'oubli tous ces défunts ainsi que les faits tragiques qui ont marqué leur histoire. "Dans le léger clair-obscur, dans la conscience de Danilo gravitent les verbes "oublier" et "se rappeler"." Ecrasé par le poids des souvenirs et les pages blanches que compte cette histoire familiale incomplète - marquée par la guerre, les disparitions et la violence des sentiments - Danilo tente de garder la tête hors de l'eau. A travers toutes ces bribes de vie, se dessine l'histoire des Balkans, surgissent des images de corps déchiquetés, d'hommes entassés dans des wagons à bestiaux, de maisons incendiées et de femmes violentées. Pour apaiser la douleur, il y a cependant les mots "qui soignent" et la vie qui continue. "En se figurant une cour pleine d'enfants, Danilo observe les ombres transparentes des Aracki et sourit malgré les questions qui s'ajoutent à toutes celles qui déjà se posent et demeurent sans réponse : "quand" et "comment" les guerres se termineront-elles ?" Malgré tous les drames qui jalonnent ce récit, il y a de la lumière et de l'espoir. "Des voix dans le vent" est porté par une écriture vive et rythmée ; le lecteur avance dans un labyrinthe temporel, où se croisent sans cesse le passé et le présent pour plus de suspense et de mystère.

"Des voix dans le vent" de Grozdana Olujic, traduit du serbo-croate (Serbie) par Alain Cappon, éditions Gaïa. 22 €.