Des fils qui se cassent, des liens qui se tissent

Catégorie : Critique

Sur la scène du théâtre des Quatre Points, une petite marionnette aux cheveux de feu. C'est Zingarella, une danseuse à l'élégance de funambule que le public se presse d'aller voir. Elle évolue sur la musique de "Casse-Noisette". Un geste maladroit, des fils qui s'emmêlent, et voilà la petite Zingarella par terre. Pas le temps d'être relevée, dorlotée et réparée, Zingarella se retrouve dans un vieux coffre, loin de la foule des spectateurs et de ses amis artistes. Le directeur du théâtre a choisi de la remplacer. "Mesdames, messieurs, le spectacle continue !" Très rapidement, la petite danseuse découvre qu'elle n'est pas seule, mais au milieu d'un bric-à-brac de choses hors d'usage, et que ce lieu est habité par d'autres marionnettes disparues depuis quelque temps : Puccinetto, Arlequin, Zibeline...sont là, tout comme la costumière de la troupe. Le théâtre est gagné par une mode du jetable, non réparable, où tout peut être remplacé. Tous ces oubliés n'ont pas dit leur dernier mot, surtout Cyranello qui est là pour encourager Zingarella. A travers cette histoire qui fait ressortir la singularité et l'importance de chaque être, Manon Rozier parle de solidarité, de l'importance des initiatives et des choix de chacun. "-Les fils des autres ne te serviront à rien. Il faut que tu trouves le tien, il est unique, c'est ton fil invisible. C'est toi qui le construis comme une araignée tisse sa toile, il part de toi, revient à toi, peut quelquefois en croiser d'autres mais jamais quelqu'un ne pourra te prêter le sien", indique Cyranello. Dans cet album qui comprend un CD, la musique est également importante. Zingarella permet d'entrer d'une autre façon dans l'univers du ballet féerique "Casse-Noisette" de Tchaïkovski. En fin d'ouvrage, sont données quelques informations sur le ballet lui-même et son auteur. Les illustrations multiplient les angles, proposent des plans rapprochés et éloignés pour bien immerger le lecteur dans cet univers imaginaire. Nous sommes pris dans les fils de l'histoire, saisis par les regards des personnages, dont les yeux sont finement travaillés et expressifs. Un album entre ombre et lumière.

"Zingarella, petite danseuse de bois", Manon Rozier, illustrations de Leslie Umzaki, voix de Catherine Alias. Le Sablier éditions, 24,90 €. A partir de 6 ans.