Des souvenirs si lointains et si présents

Catégorie : Critique

Lire Modiano, c'est écouter une voix qui s'élève dans la brume, croiser des fantômes, la solitude et revenir sur le temps passé. Un romancier, Jean Daragane, sort de son état de somnolence pour aller à la rencontre de quelqu'un qui a retrouvé son carnet d'adresses qu'il avait oublié dans un train. Ce simple appel va déclencher une série de situations, de rencontres et de souvenirs qui vont déferler dans la vie du romancier. Un mystère plane dans ce livre qui prend faussement dès le départ une allure de roman policier. Mais l'essentiel est ailleurs, dans la tête d'un petit garçon, abandonné par une femme, Annie Astrand. Son ombre n'a jamais vraiment disparu. Le petit garçon devenu romancier n'a jamais oublié sa voix, ses bras qui touchaient son cou, tenaient son bras. Et puis d'un seul coup, il s'est retrouvé seul, avec un bruit de crissement de pneus sur le gravier...Les faits se déroulaient plusieurs dizaines d'années plus tôt. Ce qui semble si lointain ne l'est pas vraiment dans cet univers où les secrets bruissent. Les souvenirs semblent anesthésiés, mais les lieux sont précis et Paris est toujours là, tout comme les salles de café et les maisons tristes. Lire Modiano, c'est retrouver un ami, reprendre une conversation jamais finie.

 "Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier", de Patrick Modiano, Gallimard. 16,90 €.