Petite, la fille d'une ombre

Catégorie : Critique

C'est une histoire qui vous emporte, vous plonge dans un univers plein de mystères et de rêveries. Un vrai roman hors du temps et des repères du quotidien. Stéphane Servant a planté le décor de "La langue des bêtes" au milieu de la forêt, à l'écart de la ville et de la société. C'est là au plus près de la nature que vivent les membres d'un cirque qui ne fonctionne plus. Il s'agit d'une petite famille de circassiens qui vit de rien, ou presque, et compte une enfant, seule au milieu d'adultes usés par le temps et les orages de la vie. "La Petite", fille de l'Ogre et de Belle grandit dans cet univers décalé.

Le Puits aux anges, le lieu où ont échoué le chapiteau et les caravanes, est sur le point de changer totalement de visage. Une voie rapide va être construite, la petite communauté doit partir. C'est le drame pour ces gens qui ont pris racine là, au milieu des arbres et des animaux. A cela s'ajoutent d'autres problèmes d'ordre amoureux. Envoyée de force à l'école, la Petite va y trouver le plaisir des livres qu'elle a toujours aimés, sans savoir vraiment lire, et aussi avoir un professeur qui va se révéler quelque peu dangereux pour l'équilibre de la famille. Car le voilà bientôt sous le charme de Belle, l'ancienne funambule à la chevelure rousse, la mère de la Petite.

La force de ce récit comme des précédents est d'offrir un univers plein de légendes, avec des personnages très étudiés qui accrochent le lecteur et l'entraînent dans un monde presque parallèle. Stéphane Servant nous parle d'une époque lointaine, où les hommes parlaient aux bêtes, de liens qui auraient été rompus et de quelques figures encore capables de les renouer. La Petite a de la force, de la volonté ; ici, la vie palpite et trépigne, la colère s'exprime, le passé resurgit. C'est captivant et une belle façon de parler des liens entre les hommes et les animaux.

"La langue des bêtes", de Stéphane Servant, Editions du Rouergue, collection doado, 448 pages ; 15,90 €.