Que la chair se fasse pierre

Catégorie : Critique

"Michelangelo, bouleversé, ne veut pas rester un instant de plus à Rome. Il partira seul. Son assistant le rejoindra plus tard à Carrare. La commande que lui a faite le Pape, quelques semaines auparavant, lui donne une bonne raison de fuir. Là-bas, il oubliera. Il en est presque sûr." Le ton est donné, le voyage sera celui de la solitude et du deuil. L'artiste vient de découvrir la mort d'Andrea, un moine dont il admirait " la beauté à l'état pure". Léonor de Récondo nous entraîne sur les pas du sculpteur italien, le grand Buunarroti, qui transforme le marbre en chair diaphane, ou plutôt la chair en pierre. La pietra viva (la pierre vivante) est sans cesse évoquée dans ce roman qui parle de beauté, de perfection mais aussi de blessures enfouies et d'heures de travail intense pour vider l'esprit. Avec ce roman , l'auteur évoque très bien la passion de l'artiste pour la pierre qu'il travaille ainsi que celle, différente, des ouvriers amoureux de leur carrière et de leur métier.

La mort d'Andrea est l'événement déclencheur qui va provoquer un séisme intérieur chez l'artiste. Jusqu'ici, Michelangelo avait réussi à se faire une carapace et à oublier le passé, notamment le décès de sa mère. " Parmi les moments qu'il se rappelle parfaitement, il y a son entrée dans la chambre mortuaire où sa mère repose. A cet instant précis, Michelangelo se jure de ne plus se souvenir de rien, que cette douleur n'existe pas et qu'il ne connaît pas cette dame qu'on le force à aller voir. Il efface alors de sa mémoire chaque image d'elle. Toute trace disparaît, absorbée par sa pensée obstinée, broyée par sa volonté. /C'est ainsi qu'à six ans, il devient orphelin de mère et de mémoire." Petit à petit, le coeur de Michel-Ange va s'ouvrir. Michele, un petit garçon de six ans qui vient de perdre sa mère, va lui permettre de connaître une belle histoire d'amitié et lui permettre de vivre autrement, de façon plus éclairie et apaisée. L'écriture cristalline de ce roman porte cette histoire ultra-sensible qui dit dans un même élan la tourmente de l'âme et le côté puissant et salvateur de la création artistique."

"Pietra viva", par Léonor de récondo, Sabine Wespieser éditeur, 240 pages. 20 €.