Une difficile fusion

Catégorie : Critique

Irina Teodorescu offre ici un récit espiègle, plein d'obsessions, d'angoisses mais aussi d'une grande sensibilité. Joséphine est une petite fille franco-roumaine qui grandit à Bucarest sous le régime communiste. Pendant les vacances, elle va en France. Deux fois par an. Cette vie plus libre, différente va la rendre étrangère pour les uns comme pour les autres. Et puis elle va être perturbée par sa professeure de violon qui un jour déménage sans prévenir.

Joséphine a besoin de toucher les choses, d'être au plus près des personnes et des éléments. " Il n'y a pas d'oreilles dans les murs, mais il y a de la matière, elle veut tout toucher, tout sentir, puis quand elle a fini les cloisons verticales elle lève les yeux et remarque le plafond. (...) Elle regarde alors le sol, elle se déchausse et parcourt la maison entière pieds nus, même si les carreaux en marbre noir et blanc sont froids et le carrelage de la cuisine aussi, ses pieds avancent partout comme des phoques sur la banquise." Joséphine va trouver sa voie dans la photo, devenir une grande professionnelle. C'est ainsi qu'elle va faire la connaissance de Nadia, une jeune fille vivante, sauvage, qui danse et rêve de devenir chorégraphe. Nadia va aduler le corps de son amie, l'épuiser à force de l'aimer et de rechercher le vertige. Le lecteur entend les voix des deux personnages qui évoquent des bribes de leur histoire, confient leurs sentiments, expriment leurs inquiétudes et interrogations. Irina Teodorescu provoque un tourbillon, aborde l'invisible ; elle maîtrise son récit comme une magicienne, bluffant au fil des pages ses lecteurs.

"Les étrangères", d'Irina Teodorescu, Gaïa éditions. 18 €.