Une vie contaminée

Catégorie : Critique

Un collégien ne supporte pas d'aller en cours, il ne supporte pas non plus de voir son père dépressif, le " visage ravagé par la vie et l'alcool". Il vide une à une les bouteilles que son père planque dans le four ou dans la grange. Et pourtant "Deux choses m'empêchent de crever le matin : la compagnie de mon père et ce rêve qu'un jour je serai vagabond", déclare le narrateur. Pierre, ce collégien, a la rage au ventre. Il en veut à son père d'être dans cet état, mais lui est très attaché. Lorsqu'il ne le voit pas le matin, il a l'impression de prendre son petit déjeuner avec la mort. Pierre est le seul de la famille à avoir choisi de rester avec son père, quand sa mère et ses soeurs ont pris leurs distances. Le collégien rêve de partir sur la route mais a peur de laisser son père et peur de la solitude. Soudain, il se voit vieux, en train de picoler avec un pote. Il se promet de ne jamais finir comme ça. Il se sent contaminé par ce père qui s'est infiltré dans ses veines, apportant amour, pleurs et haine. Lorsque Pierre se sent mal, son père est pourtant là à ses côtés. Des illustrations de l'auteur accompagnent ce texte et soulignent le côté sombre, tragique de cette vie abîmée, de cette jeunesse manquée.

"Belle gueule de bois", de Pierre Deschavannes, Rouergue, 8,30 €.